La série 200 : "les militaires"
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Avant 1960, le militaire n'est pas absent de la production des jouets Solido, avec une série de six canons en métal nickelé proposés en kits depuis 1936. Capables de tirer des projectiles propulsés par l'explosion d'amorces, cette artillerie rappelle celle de la Grande Guerre. Sur certains, le mécanisme des obus, constitués de plusieurs pièces moulées en Zamac, percutent même des amorces pour plus de réalisme à l'impact. Ces canons, montés en affûts sur roues ou sur plate-forme, évolueront peu au cours des années.

Solido proposa également, de 1937 à 1941 seulement, un "char" motorisé par un ressort, à chenilles/bracelet en caoutchouc, ainsi qu'une variante en canon automoteur. Et il n'est pas inutile d'ajouter que d'autres véhicules Solido furent peints en kaki au moment de la guerre. Il faut admettre cependant que toutes ces pièces, décrites dans le livre de Bertrand Azéma "Jouets Solido 1932-1957", n’ont pas acquis la réputation des modèles militaires Meccano-Dinky Toys contemporains. Elles ne sont pas étudiées sur ce site en raison de leur caractère plus ou moins fantaisiste.

Sur le petit catalogue de l'année 1961, une double page avec quatre dessins de Jean Blanche présente une toute nouvelle collection de véhicules militaires. Chaque modèle nécessite une boîte personnalisée en carton.

Directement conçu sur la base des tracteurs de la nouvelle série des "Camions gros porteurs", un Berliet Unic reçoit une rampe mobile lance-fusée pourvue d'un astucieux mécanisme à ressort de lancement d'un missile tactique à deux étages, en plastique pour des raisons de sécurité. Ses pneus sont montés à l'origine sur des jantes en aluminium.

Le modèle qui prendra la première référence de la future série 2XX, le Combat Car M20, est une belle réussite. Sa mitrailleuse de 12,7 (en Zamac) se déplace autour d'une circulaire montée sur le véhicule, dont les roues profitent des suspensions brevetées de la firme. A la différence des Dinky Toys, le châssis n'est pas en tôle, mais en Zamac comme la caisse.

Le premier chenillé, le char General Patton M47, est révélé en janvier 1962. Son succès va être extraordinaire avec plus d'un million d'exemplaires vendus. La tourelle pivote et le canon est mobile. Le moulage offre peu de volumes dans les détails et manque d'exactitude dans la forme de la tourelle ou du frein de bouche par exemple, mais tout est déjà conçu : un corps en Zamac, des roues en plastique (barbotins de 12 mm, galets de 11 mm) montées sur essieu, des éléments amovibles (mitrailleuses, antennes), en Zamac à l'origine, puis en plastique coloré dur ou souple. Les pièces sont serties ou emboîtées.

Ce sont bien sur ses chenilles en Zamac qui forcent l'admiration, de par leur fabrication et le confort d'utilisation qu'elles procurent. Pour Jean de Vazeilles, les bandes en caoutchouc comme celle du vieux char Solido à ressort ont fait leur temps. Cependant, les jouets concurrents se contenteront longtemps encore de chenilles non métalliques, comme les Dinky série 6xx.

Succède à ce premier char, un petit camion Renault tous terrain 4x4, inopinément proposé sous la couleur kaki après une version civile et une version pompier. Il est équipé de roues plus petites que sur les engins précédents et d'une suspension en épingle brevetée.

Les innovations se poursuivent aussi avec une nouvelle série de canons, venant remplacer les vieilles pièces d'artilleries qui, même repeintes en kaki, ne sont plus à la bonne échelle. Ils paraissent soit dans un coffret comme des kits à assembler à son gré, soit pré-montés sous trois boîtes individuelles (canon de forteresse antiaérien, canon de 105 mm sur roues et obusier de 250mm). On retrouve ici l'esprit des jouets d'avant guerre, mais aussi leur technologie. Des roues dentées et des vérins permettent de pointer les canons, qui comportent un mécanisme à ressort pour éjecter des projectiles. L'obusier réutilise d'ailleurs les obus percutants de 11 mm en Zamac décrits précédemment. Ces canons rejoindront rapidement la gamme militaire unifiée sous la série 2XX.

En 1963, la gamme s'enrichi enfin du second véhicule chenillé prévu, le char PT-76 russe, dont les moules vont subir diverses modifications et l'inexplicable perte d'un essieu. Si des détails sont omis, le modèle est cependant équipé d'une trappe ouvrante et de nouveaux accessoires en plastique. Il réutilise le moule de chenille à 22 patins du Patton. 

Avec le SU-100 en 1964, la miniature s'approche de plus en plus de l'originale, notamment avec de nouvelles roues de 14 mm de diamètre, qui devront attendre 1999 pour être réemployées sur un autre modèle chez Verem. On trouve aussi de nouveaux accessoires en plastique, dont un personnage américain (!!!), qui de surcroît n'est pas à l'échelle.

On retrouve le plastique injecté sur de nouvelles roues pour les camions, mais les modèles militaires ne se verront heureusement jamais envahir par les jantes "bas de gamme" de la future série TonerGam (dites roues boutons).

En 1965, l'AMX-30 réunit les progrès constatés sur ses prédécesseurs, mais il représente le char de présérie. Des modifications faites sur la tourelle en 1985 ne parviendront pas à le rendre réellement plus actuel. Son châssis est équipé d'un crochet de remorquage pour les canons sur roues.

Solido propose aussi une version filoguidée du char Patton. Deux petits moteurs électriques sont logés sur un nouveau châssis, reprenant ainsi, en plus moderne, le principe des jouets des années 30. D'un prix élevé, le concept se révèle techniquement fragile, mais assez surprenant et surtout très ingénieux.

En 1966, apparaît une voiture Munga Auto-Union à l'échelle 1/43, au pare-brise rabattable et tractant une petite remorque, dont le suivi des références est un peu confus. Sa boîte vitrine reçoit un dessin en couleurs.

Avec le tracteur Berliet T12 et sa remorque basse articulée Coder, la série 200 s'affirme par les "gadgets" qui font toute la différence : un "gyrophare" lumineux est actionné par une came sur le premier essieu de la cabine. Ce gros porteur, distribué sous d'autres gammes comme en témoigne l'emballage, sera associé avec le char AMX-30, puis, à partir de 1985, au Lance-Pluton en coffret. Il est vendu par Verem en l'an 2000 avec le char léger AMX-13 (?), et depuis longtemps sans son gyrophare électrique et ses rétroviseurs. La cabine reste par ailleurs le seul modèle d'origine militaire à être passé chez Majorette (dans la gamme Sonic Flashers, certains exemplaires Verem conservant la marque lyonnaise encore gravée sur le châssis).

Le Berliet Aurochs, en fait l'Alvis Stalwart, démontre la créativité du bureau d'étude d'Ivry-la-Bataille. Reproduction de qualité, le jouet offre plusieurs options attrayantes pour les enfants : ridelles amovibles, personnages, trappes. Il utilise les même roues que le gros porteur T12. Il ne lui manque qu'une livrée anglaise plus crédible.

En 1968, un éphémère coffret sous vitrine restera longtemps la seule insertion réalisée par Solido de la Gendarmerie dans ses jouets militaires, avec les références 215 et 220. Cette dernière est donnée à la moto BSA au 1/43 qui accompagne un Renault 4x4 peint en bleu verni.

Un nouveau lance missile, monté cette fois sur le char PT-76, débute l'année 1969. Autre ingénieuse récupération avec l'automoteur M41 "chasseur de char" qui reprend le canon de 105 mm à ressort, décrit précédemment. Son fond de caisse est en plastique et l'échelle supérieure au 1/50. Ce modèle restera absent de la production pendant plus de vingt ans sans l’avoir mérité. Sortent également de superbes versions "sable" du M47 et du SU-100, aux couleurs d'Israël et de l'Égypte, ce qui permet à Solido d'enrichir aisément son offre et de rentabiliser ses moules.

Quelques mois plus tard, le char Tigre arrive chez les détaillants ; la réplique Solido - de poids - est parfaitement détaillée, digne de son original. Beaucoup le considèrent dès lors non plus comme un jouet, mais comme une véritable pièce de collection dont la seule place est dans une vitrine. Ce char inaugure une nouvelle chenille plus large (15 mm), de nouveaux barbotins adaptés, et des roues reproduisant celles du vrai blindé. A compter de sa parution, Solido double la cadence des nouveautés militaires.

On trouve aussi au catalogue des coffrets vendus sous des références 4XX, à des prix relativement élevés. Ces coffrets perpétuent la grande tradition Solido des jouets à monter soi-même. Ils proposent divers modèles sous forme de kits à assembler, avec parfois l'outillage indispensable, mais aussi des accessoires particuliers comme des filets de camouflage, des figurines peintes de Starlux, etc. Les châssis sont modifiés pour recevoir des vis à la place du rivetage initial plus économique.

En 1970 avec l'AMX-13 bitube, dont les chenilles ont quatre maillons de moins que sur les chars précédents, Solido continue dans la veine de la réplique exacte. Avec le Commando XM-706, proposé en deux versions aux tourelles différentes, la peinture blanche et des trappes d'accès au moteur font leur apparition sur les blindés. Ce véhicule dans sa version "Police" est exceptionnellement étudié sur ce site réservé aux militaires, en raison de cette intégration originelle.

En 1971, le BTR-40P retrouve l'esprit des jouets des années 60 grâce à ses divers gadgets (trappe des missiles, roues escamotables). De nouveaux chars AMX-13, en versions ambulance puis en transport de troupe (tourelleaux différents), démontrent que Solido tente d'équilibrer sa production entre les incontournables engins de la seconde guerre mondiale (un créneau porteur) et l'actualité française ou étrangère dans ce domaine. Le succès commercial des chars Solido incite d'ailleurs Jean de Vazeilles à consacrer de grands moyens à cette gamme, coûteuse mais source de prestige, sans chercher la rentabilisation immédiate. Cette priorité permet la succession de plus d'une demi-douzaine de nouveaux modèles en l'espace de deux ans. Un rythme étonnant que nous aurions aimé voir conservé...

Le Jagdpanther en 1971 et le Panther, sorti fin 1973, reprennent le train de roulement du Tigre, et se partagent un châssis quasiment identique. Une version télécommandée du Jagdpanther reprend la motorisation du Patton de 1965 par souci de rentabilité. Le nouvel AMX-13/90 réussit, lui, la prouesse de reproduire une tourelle au principe surprenant. Il débute une concurrence directe avec les fameux produits militaires de la marque Dinky.

Avec le Sherman M4A3, en 1972, sont introduits de nouveaux barbotins et de nouveaux galets de route fidèles aux vrais. On constate que son châssis (au 1/48) va permettre à Solido de concevoir de nouveaux modèles pour un coût réduit. On le retrouve aussitôt sur le TDM10 Destroyer, aux formes exactes, puis ultérieurement sur un Priest et un Lee/Grant. Beaucoup plus tard, les modèles Stretton et les fabrications non officielles (comme "Engine") feront un grand usage de ce châssis, sur des reproductions de chars M31, M32, M34, M36 et autres M4A1 en résine.

En 1973, les boîtes vitrines en rhodoïd commencent progressivement à remplacer les emballages précédents. Les modèles sont fixés par leur châssis sur un support. Le petit char Renault R35 inaugure de nouvelles chenilles plus minces (8 mm), peut-être moins réussies que les précédentes. Désormais, chaque nouveau châssis proposera, luxe appréciable, des barbotins et des roues personnalisées au char modélisé.

Le char Somua S35 est doté d'une paire d'antennes en plastique dur collées dans leur logement, et présente la même faiblesse que son prédécesseur en raison de la petitesse des chenilles. Solido semble ne plus considérer les projets de la série 200 comme des jouets potentiels. Pourtant, entre tous ces chars paraissent un nouveau camion (le SUMB) tractant, dans la même boîte, un canon léger référencé 239. Or, ce dernier est encore capable de tirer des projectiles. Un paradoxe qui démontre que Jean de Vazeilles ne cherche pas réellement à se couper du monde de l'enfance.

1973 marque aussi le début de Tonergam, série économique consacrée à des véhicules pompiers et civils. En rupture avec les précédentes miniatures référencées 300, les nouvelles sont reproduites au 1/55, puis au 1/60, afin de réduire les coûts de fabrication. Ces choix auront, plus tard, de lourdes conséquences sur l'unité d'échelle des modèles militaires, et limiteront même, par des problèmes d'incompatibilités, la réutilisation de certains outillages dans la gamme.

En 1974, le PZ-IV est remarquablement détaillé et entièrement en métal (si l'on excepte son train de roulement), ce que l'on ne voyait plus depuis dix ans. Avec le petit véhicule Panhard AML H90 et l'Hanomag SdKfz 251/1, la série des militaires démontre une fois de plus la maîtrise atteinte par Solido, à une époque où Dinky GB oriente sa production militaire vers le simple jouet. Notons que le semi-chenillé allemand reprend, mais en plus court encore, le type de chenille du char R35.

L'année 1975 voit, entre autre, la parution du Dodge 6x6, le premier d'une grande famille, qui sera rapidement réutilisé dans d'autres gammes, ainsi qu'un véhicule de reconnaissance Büssing NAG aux formes très particulières. Le char Leopard-1, amplement proposé par la concurrence (chez Dinky par exemple), introduit les jupes de protection latérales chez Solido. De plus, le modèle n'a lui aussi que peu de recours au plastique. Le Kaiser Jeep M34 est un choix décevant au premier abord, mais se révèle à sa sortie d'une grande qualité.

L'année suivante reste très productive. Le Saviem VAB 6x6 est de bonne facture, fidèle par ses suspensions et ses portes ouvrantes sur un intérieur aménagé. La création du M7 Priest implique des modifications du châssis standard du Sherman. Le Half-Track M3 trahit la marque par ses fines chenilles Kégresse en vinyle noir, mais par bonheur elles ne gâtent pas le modèle finement détaillé. Une Citroën 15CV camouflée par les FFI est distribuée en juin sous la gamme "L'âge d'Or". Produite depuis 1974, cette voiture au 1/43, à capot ouvrant, ne rejoindra vraiment la catégorie militaire que dix ans plus tard.

Ajoutons qu'en 1976 paraît dans la série TonerGam (Réf : 365) une pelle hydraulique au 1/55 équipée d'une nouvelle sorte de chenille en Zamac, sensiblement différente de celles des chars. Ce modèle attendra 1999 pour être enfin réédité, et son système de chenilles n'a jamais été réutilisé autrement. Ses petites chenilles ne conviendraient-elles pas à de nouveaux châssis militaires ?

En 1977 ne sort comme nouveauté que l'AMX-Pluton, avec trois ans de retard sur les prévisions. Cet engin est un compromis entre une reproduction fidèle de l'original et un jouet, de par sa grue Griffet articulée et le système d'éjection par ressort du missile. On ne peut que lui reprocher un train de roulement entièrement en plastique qui s'avère fragile pour jouer, et une fusée hideuse pour le collectionneur. Solido propose aussi son dernier coffret de kits militaire avec la "Brigade d'Intervention Rapide".

Le programme repart en 1978 avec l'AMX-10P, dont les vis de fixation sont apparentes sans aucune raison valable. Ce sera pourtant le dernier châssis de char Solido. Nous ne verrons donc pas d'autres tanks légendaires avec la griffe Solido. Si les voitures, les camions et même certains blindés (le VAB et l'Half-Track US) pouvaient être réutilisés dans d'autres gammes (pompiers, gendarmerie ou les cirques), les chenillés restent des véhicules exclusivement militaires. Il est donc beaucoup plus ardu de rentabiliser leur fabrication. Solido ne prendra plus ce risque dans les décennies qui suivront, se contentant de réemployer l'outillage existant. L'ambulance Citroën C35, ainsi, est parue l'année précédente sous TonerGam dans un moulage identique. Des erreurs à l'assemblage laissent d'ailleurs passer des exemplaires avec un toit blanc de pompiers.

Peu de semaines après, les collectionneurs assistent à la naissance du "General Lee/Grant", très correctement détaillé, bien que  le dessin de Jean Blanche laissait depuis longtemps plutôt supposer une version britannique de ce char. Son fond de caisse est fabriqué en plastique. Pour répondre à la commande d'un magasin lyonnais spécialisé, Solido militarise une petite quantité de Land-Rover (Référence 66). C'est le premier modèle militaire promotionnel.

En 1978, Jean de Vazeilles se retire des études et de la fabrication. Certains de ses projets, comme le Berliet GBC8KT sont oubliés. Notons ici que la gamme militaire se voit estropiée de l'hélicoptère Gazelle, prévu sous la référence 260, et que ce choix sera maintenu pendant près de deux décennies.

En 1979, Solido présente enfin sa Jeep Willys, d'emblée associé à la remorque de 1966. Cette création, probablement longtemps différée chez Solido, deviendra un véritable cheval de bataille dans les années 80/90. Il faut reconnaître que le moulage en Zamac au 1/43 est remarquable pour l'époque. Faute d'autre projet, mais afin de ne pas tarir la série, sont publiés des modèles issus de l'outillage TonerGam, un peu insolites (la grue routière Richier RC60), ou à des échelles totalement inadaptées (la semi-remorque citerne Saviem au 1/60 et le lance-mousse Camiva au 1/55).

Au tout début des années 80, Solido est en grandes difficultés. Depuis quelques temps, ce sont les actionnaires qui tirent les ficelles, au détriment de la qualité des jouets et des clients collectionneurs. Les ventes s'effondrent. La production des "militaires" doit s'interrompre. Les stocks sont écoulés sous un nouveau système de références à quatre chiffres (22XX) non reporté sur les châssis. Les précieux moules survivent heureusement à cette crise, mais la volonté qui animait le défunt bureau d'étude d'Ivry-la-Bataille va disparaître au nom de la rentabilité.

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