Conversation avec Bertrand Azéma
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Sans contestation possible, Bertrand Azéma est l'historien officiel de la marque Solido. Il a rédigé des articles sur Solido pour des publications comme Automobiles Miniatures, Model Auto Review, Charge Utile, Automobilia ou Hachette Collections. Il a, bien sûr, réalisé les quatre livres sur Solido aux éditions EPA. Il dirigea aussi le premier Club Solido, et on lui doit la plus belle partie du musée d'Oulins. Nous lui avons demandé de nous donner son opinion sur l’actualité et le passé de Solido, ainsi que des explications sur son travail.

MSV : Monsieur Azéma, comment en êtes vous venu à vous occuper de Solido ?

Bertrand Azéma : Le «Catalogue Mondial des Modèles Réduits Automobiles», réalisé avec Jacques Greilsamer et publié en 1967, se composait de deux parties : les kits en plastique et les modèles dont l'échelle était voisine du 1/43. Le succès énorme pour l'époque de ce livre publié en français et en anglais appelait une suite que nombre de collectionneurs réclamèrent quelques années plus tard. La mise à jour des kits, qui est mon domaine favori, fut réalisée sans difficulté. Pour les modèles au 1/43, j'avais naturellement commencé par la France, dont la dernière page de l'histoire de Dinky-Toys était en cours d'écriture par mon collègue des éditions EPA, Jean-Michel Roulet. Il me revenait de prendre en compte la marque Solido, qui avait pris une énorme place qui allait bien au delà des cinq pages attribuées en 1967, puisque près de 1500 pages lui ont été consacrées au travers de deux volumes !

MSV : Le second tome de votre historique sur Solido est paru avant le premier. Pourquoi ?

A l'origine, les deux tomes étaient prévus en même temps. Volontairement, nous avons décidé de publier d'abord celui sur le 1/43, un thème qui est plus accrocheur pour les collectionneurs. Je suis parti habiter aux Etats-unis avant même qu'il ne soit sorti et j'ai corrigé les épreuves là-bas. C'est à mon retour en France, plusieurs années après, que j’ai décidé de sortir le premier tome, la partie de 1932 à 1957. Mais elle a été quasiment écrite en même temps que l'autre.

MSV : Peut-on espérer une suite à votre rétrospective ?

Le tome III est en fabrication depuis longtemps, puisque chaque année depuis 1992, j'y ajoute tout ce qui est réalisé par Solido. Un complément sera ajouté aux deux premiers tomes car de nombreux modèles ont été découverts depuis 1983 et quelques composants de l'histoire des Jouets Solido sont venus s'ajouter. J'ai besoin de quelques mois pour réaliser la mise en page, prendre de nombreuses photographies, mais surtout de trouver un éditeur qui accepte de prendre la suite des éditions EPA.

MSV : Envisagez-vous d’y traiter de la production Verem ?

Lors de la création de Verem en 1984, je suis aux Etats-Unis et je ne peut donc suivre les premières productions, réalisées à partir d'anciens moules de Solido plus ou moins modifiés. Les détaillants qui sont chargés de me mettre soigneusement de côté tous les modèles Solido n'ont aucune raison d'en faire de même avec ceux de Verem. De fait, c'est avec la création de Solido-Pub, qui a la charge de réaliser les modèles promotionnels de Solido en petite série que Solido ne peut fabriquer, que je découvre l'usine qui produit les modèles Verem. Le nombre grandissant des modèles promotionnels produits par Verem, ajoutés à ceux produits par Solido et le suivi de la production des modèles distribués par Solido, ne me permettent pas d'aller au delà. Si l'on ajoute les modèles réalisés pour les filiales étrangères, en particulier l'Allemagne qui bénéficie de catalogues spécifiques, on obtient une quantité de modèles dont le suivi m'obligerait à interrompre mes activités professionnelles. Le retour de Verem à Oulins me facilite la tâche, mais de nombreuses références sont toujours à la source de plusieurs variantes de couleurs et de décorations qui ne sont pas facile à suivre.

MSV : Sur la réédition de votre livre en 1991, vous ne précisez plus la date de parution des nouveaux modèles.

Pendant de nombreuses années, toutes les nouveautés de Solido ont été des créations à part entière. La date de commercialisation gravée sur le châssis avait donc un sens. A partir du moment où un même châssis est utilisé pour plusieurs modèles, il devient impossible de faire graver des informations correspondant à ces modèles, la place étant limitée. Ces dates doivent être recherchées dans des documents qui précisent la mise en fabrication des nouveautés. De fait, si la notion du mois de commercialisation n'est plus précisée, celle de l'année est bien connue. C'est ce que l'histoire retient avec la complicité des catalogues. La difficulté actuelle est liée aux productions étrangères dont l'arrivée en France n'est pas précise. Entre la prévision initiale et la commercialisation effective, il peut y avoir plusieurs mois d'écart dans un sens ou dans l'autre. Le relevé de la sortie des modèles a été effectué avec une précision qui ne dépasse pas les deux mois.

MSV : Pourquoi ne pas avoir mis une cotation et surtout le nombre d’exemplaires fabriqués ?

J'ai toujours été contre toute cotation pour des jouets destinés aux enfants. Elle n'a aucun sens dans un livre d'histoire tant dans le temps que dans la géographie. Des modèles rares de Solido sont tombés dans l'oubli le plus total, et d'autres modèles sont recherchés dans certains pays et ignorés dans d'autres. L'évolution de l'offre et de la demande est permanente. Quant aux nombres d'exemplaires des modèles qui n'a lui aussi de valeur qu'à un instant donné, il ne regarde pas les collectionneurs. Seuls les bilans des entreprises sont accessibles. Le fait de savoir que Solido a produit un ou deux millions de Bugatti Royale n'a aucun intérêt. Il est plus intéressant de connaître ses variantes ou ses couleurs.

MSV : Les modèles les plus recherchés sont les promotionnels ?

Oui, à quelques rares exceptions puisqu'ils sont destinés à une promotion auprès des clients d'une entreprise qui sont en général limités. La quantité peut être plus importante si les modèles sont destinés à des magasins ouverts au public. En fonction des frais fixes liés à la mise en production des moules, le minimum est de l'ordre de 200 à 300 exemplaires. La décoration réalisée avec des décalcomanies ou une tampographie représente une part importante du prix de revient. Ils en est de même pour l'étui et le socle, si ceux de Solido ne sont pas utilisés. L'étude des promotionnels et séries limitées réalisés par Solido et Solido-Pub est strictement limitée aux produits tels qu'ils sont livrés aux clients. Les promotionnels sur base Solido n'ayant pas fait l'objet d'une commande sont ignorés. Nombreux sont les collectionneurs qui sont trompés par des individus qui collent des décalcomanies sur de nombreux modèles en prétextant que ce sont des modèles promotionnels réalisés par Solido.

MSV : Vous ne vous êtes pas contenté de décrire les modèles dans vos livres ?

J'ai eu la chance de rencontrer à plusieurs reprises Ferdinand De Vazeilles qui m'a longuement parlé des origines de Solido à la Fonderie de Précision de Nanterre, sans oublier l'origine de la bougie Gergovia, puis des premières années à Ivry-La-Bataille, avec la difficile période de la guerre et la pénurie de Zamac et de carton. Puis à Ivry-La-Bataille et à Versailles, j'ai eu accès aux archives avant que ces deux sites ne soient abandonnés. Quant aux archives personnelles de Jean de Vazeilles, elles ont eu une importance capitale pour retracer la séquence exacte des événements majeurs, des brevets et de la production. Je dois ajouter sa soeur, Madame Wahl, Président Directeur Général de Solijouets, qui m'a donné sa vision de Solido au plan mondial, particulièrement des pays importateurs.

MSV : Comment obtenez-vous l’information de nos jours ?

Depuis une vingtaine d'années, je vais régulièrement à l'usine pour mettre à jour ma connaissance, non seulement des produits, mais de l'entreprise en général, comme les nouvelles technologies employées ou l'utilisation de l'informatique dans la production. L'information majeure concerne bien évidemment les modèles et leurs évolutions au cours des années. Les questions relatives à la fabrication sont nombreuses, mais il se trouve toujours un employé qui prendra quelques minutes de son temps pour m'expliquer la raison de tel ou tel choix technique. Depuis de nombreuses années, le personnel de Solido a largement contribué à l'édification de la «bible Solido».

MSV : Comment est née la marque Solido ?

Elle commence tout d'abord par le métier de Ferdinand de Vazeilles qui recouvre tous les aspects de la fonderie et qui vont du blindage des chars Renault pendant la guerre de 14/18 jusqu'aux soufflets des pianos mécaniques de Pleyel. En 1919, il crée sa propre entreprise, la Fonderie de Précision de Nanterre, qui devient rapidement la plus grande d'Europe dans ce domaine de technologie. Elle travaille pour toutes les industries, l'automobile, l'aviation. Il est le premier à faire des injections sous pression dans des matériaux spéciaux, pour les culasses, les roulements, diverses pièces de moteurs. L'origine du jouet provient du fait que les fabricants ne voulaient pas entendre parler à l'époque de jouets en métal injecté. Ils travaillaient avec du bois, du carton, de la pâte à sel ou de la tôle pliée. Ferdinand de Vazeilles se dit "S'ils ne veulent pas essayer, moi je vais en faire". C'est comme cela qu'il se met à produire des petites voitures en 1932, après l'épisode de la bougie Gergovia qui fut un déclencheur, le premier jouet Solido… et un promotionnel en plus !

MSV : Qui était vraiment Ferdinand de Vazeilles ?

C'était un grand industriel, un chef d'entreprise. On pense toujours aux petites voitures, mais avant cela, il s'occupait de la Grande Voiture, et d'autres secteurs, avec tout ce que cela peut signifier en terme de production. Il était extrêmement exigeant sur la qualité, assez dur vis à vis de ses employés. J'ai de nombreux documents signés de sa main qui le prouvent. Il ne voulait pas que de son usine sorte le moindre défaut. Ce qui m'avait surtout étonné, quand j'avais été le voir, c'était sa fabuleuse mémoire, pour quelqu’un qui avait déjà 85 ans la première fois que je l'ai rencontré. Après son départ de la direction de Solido, il est parti dans le midi de la France où il a encore sévi dans le modèle réduit pendant un certain nombre d'années. C’est lui qui s'occupait de toutes les pièces en plastique et les maquettes d'avions Monavac - un nom qui évoque Monaco - Et puis un jour, quand même, il a décidé de prendre sa retraite.

MSV : Solido semble étroitement lié à la marque espagnole Dalia ?

Ferdinand de Vazeilles était très connu dans toute l'Europe de par sa Fonderie de Précision de Nanterre. Le patron de Dalia faisait de la fonderie à Barcelone, mais à un niveau de qualité qui n'était pas celui de Solido. Il est venu voir Ferdinand de Vazeilles en lui demandant de l'aider à améliorer ses reproductions, et ils ont sympathisé. Ils se sont revus très souvent. De plus, pendant le guerre, ils se sont entraidés pour faire de la fonderie à des époques où c'était difficile soit d'un côté ou de l'autre de la frontière. Il y a eu des liens de famille pour finir. Il y a des modèles Dalia et Solido qui sont voisins et ils ont échangé des moules entre eux. Dalia faisait un modèle qui était repris par Solido d'une manière ou d'une autre, et inversement. Dalia a utilisé des moules de Solido pour le 1/43, mais il avait toute une fabrication qui lui était propre. Il existe des canons spécifiques et des scooters militaires qui ne sont pas de Solido.

MSV : Les Solido des années 30 ne sont pas des répliques exactes.

A l'époque, Ferdinand de Vazeilles travaille pour l'automobile, et il ne veut pas qu'on puisse l'accuser de reproduire des véhicules existants. L'idée principale est de réaliser des jouets à transformation et non des reproductions fidèles. Si l'on veut adapter un capot ou une carrosserie sur plusieurs châssis, on ne peut pas représenter une voiture qui existe réellement. C'est impossible et c'est la raison de fond. C'est son fils qui, lorsqu'il commence à s'occuper de Solido, fait en sorte que les dernières séries de modèles ressemblent aux vraies voitures.

MSV : L’histoire a retenu l’influence des Dinky Toys sur le monde de la petite voiture. Pourtant Solido fut aussi un précurseur ?

Au delà de l'introduction du Zamac dans le jouet, l'invention a émaillé une grande partie de l'histoire Solido. Après les premiers brevets de 1932, c'est l'introduction des modèles à l'échelle 1/43 qui a été à la source d'inventions majeures, copiées ultérieurement par tous les fabricants. Solido a inventé les suspensions, la direction et les portes ouvrantes. La plus belle des inventions concerne les chenilles des chars dont les galets sont moulés en une seule injection. Cette invention ne fut jamais copiée. La principale influence de Dinky-Toys sur Solido reste l'adoption de l'échelle 1/43. Cette échelle adoptée par la majeure partie des fabricants devenait indispensable pour développer les ventes. Les inventions associées à une excellente qualité de reproduction et au choix des modèles permirent de faire mieux que la concurrence.

MSV : On trouve des Solido originales en Amérique du Sud, chez Buby et Brosol ?

Les modèles qui étaient faits venaient la plupart du temps de pièces importées de France, sachant qu'il n'y avait pas d'usine pour fabriquer des petites voitures en Argentine. Des modèles arrivaient tout peints. D'autres étaient livrés en pièces détachées avec, sur place, l'ajout de pneus et de décoration locales. C’est Solex qui assurait la fonderie locale pour la production Brésilienne. Par contre, les chars ont toujours été réalisés en France.

MSV : Solido faisait partie de Solijouets ?

Solijouets regroupait toutes les productions, non seulement les jouets Solido, mais également la distribution de produits étrangers commercialisés en France, comme les voitures du Danemark, les Tekno. C'est Solijouets qui, le premier, a distribué Bburago en France. Il y avait également Mebetoys, Airfix ou encore Lone Star. Solijouets était la raison sociale de l'entreprise qui distribuait tous ces jouets.

MSV : Les routes de Paul Bracq et de Solido se sont croisées à la fin des années 60 ?

Paul Bracq connaissait Jean de Vazeilles depuis longtemps et ils se rencontraient souvent. Comme Paul Bracq était un styliste, l'idée est née de permettre aux enfants de faire la carrosserie d'une petite voiture. L'idée est presque arrivée à terme puisqu'un certain nombre de pièces ont été faites. L'étude fut proposée au catalogue en 1970. Paul Bracq a fait le dessin à l'échelle un d'une voiture imaginaire, dessin reproduit sur la couverture du catalogue. La raison, je crois, qui a fait avorter ce projet était de trouver la matière qui offrirait aux enfants la possibilité de fabriquer une carrosserie. La pâte à modeler ne convenait pas et on rentrait après dans des notions de résines beaucoup trop complexes.

MSV : Quels sont selon vous les plus beaux modèles Solido ?

Dans l'Age d'Or, certains modèles comme la Bugatti Royale, l'Hispano-Suiza et la Citroën 15 CV ont été sans aucun doute mes préférés. Ils ont eu un tel succès que la concurrence n'a pas tardé à copier et imiter. Puis vinrent toutes les Grand Tourisme dont la qualité de la gravure reste inégalée. Dans les militaires, ce sont les deux chars télécommandés équipés de deux moteurs qui permettaient de reproduire les évolutions d'un véhicule à chenilles. Un prototype du Patton, équipé d'un troisième moteur vertical, allait encore plus loin en faisant tourner la tourelle. La complexité du mécanisme et le coût de production d'un tel véhicule furent à l'origine de l'abandon du projet.

MSV : La situation de l’entreprise semble critique au début des années 80.

Les financiers actionnaires de Solido ont tout intérêt à augmenter la production pour leur propre avantage. Ce sont eux qui sont à l'origine du départ de la famille De Vazeilles. Alors qu'elle connaissaient très bien le marché, un certain nombre de ces actionnaires obligent alors Solido à produire plus. Le résultat est l’équivalent d’une année de production en stock à Oulins. Ce n'est pas parce que l'on fabrique que l'on va vendre. Le groupe du Jouet Français fait faillite. Une personne est nommée pour assurer la gestion de l'entreprise. Heller est rachetée par une société étrangère, et Solido est rachetée par Majorette au terme d’une période en location gérance.

MSV : Cette nouvelle direction convenait elle vraiment à Solido ?

Emile Véron a commis l'erreur de croire que Solido ferait du Majorette au 1/43. Son idée, était d’exploiter, comme avec Majorette, un circuit commercial différent. A l'époque, Solido avait 3000 détaillants en France. Du jour où Emile Véron a racheté Solido, il a arrêté de vendre à ces détaillants, sans prévenir qui que se soit, pour se tourner vers la grande surface. La qualité du produit n'avait alors plus aucune importance pour lui, et il a commencé par simplifier les modèles. Les employés de Solido étaient aussi déçus que les collectionneurs. Monsieur Véron a fait un mal considérable, au niveau du produit, qui n'a cessé que vers 1988, quand la qualité est revenu avec la gamme Hi-Fi et les premières Prestige au 1/18. Mais s'il n'avait pas racheté Solido, que ce serait-il passé ?

MSV : Les militaires ont disparu pendant plus de trois ans des catalogues.

Emile Véron était anti-militariste. Lors du rachat de Solido il avait donc supprimé la gamme militaire. Le fait que les chars sont de gros consommateurs de Zamac et que ce n'était pas un produit commercialisé dans les grandes surfaces justifiait cette décision. D'ailleurs, il n'en fabriquait pas non plus chez Majorette. La production est reparti grâce à deux événements en 1984 : l'anniversaire du débarquement et la Libération de Paris. Ensuite, à partir du moment où la direction commerciale de Majorette a dit à Monsieur Véron que cela pourrait se vendre. En fonction de l'évènement historique, il a accepté. Pour ne pas l'offusquer, Solido a fait une Citroën en kaki. Il n'y avait qu'une série de prévue, mais comme les ventes ont été fabuleuses, il y en eu trois autres. Monsieur Véron s'est aperçu qu'il y avait un marché pour le militaire. L'idée avait été relancée, ils avaient tous les moules, l'entreprise faisait du chiffre d'affaire avec. Alors pourquoi ne pas continuer ?

MSV : Les militaires se sont vus envahis de modèles disproportionnés.

Les militaires sont prévu au 1/50, mais pour agrandir la série, on a fait intervenir un certain nombre de modèles au 1/43. On a pris aussi des véhicules TonerGam au 1/55 ou au 1/60 pour en faire des véhicules militaires. L'idée est de respecter le 1/50, mais il est clair que Solido ne va pas refaire une voiture spécifiquement pour cette échelle.

MSV : Que pensez-vous de l’impact qu’avaient les filiales à l’étranger ?

La décision de créer des filiales dans les principaux pays était à priori une bonne idée puisqu'elle permettait de livrer les produits en un lieu unique, donc de limiter les coûts à l'exportation. La structure locale connaissant à la fois les pratiques commerciales et les produits était la plus à même d'assurer une excellente distribution. Le résultat, pour Solido, fut mitigé, pour des raisons différentes suivant les pays et le fait que certaines filiales Majorette avaient peu de connaissance des produits Solido. L'Allemagne, en prenant la première place des pays importateurs pour Solido à cette époque, a été à l'origine de nombreux modèles réalisés par Solido et Verem. En contrepartie, la Hollande, qui n'a pas eu de filiale, reste un pays où les produits Solido sont fortement distribués, y compris un grand nombre de modèles promotionnels, réalisés localement à partir des bases françaises.

MSV : Nouveau changement de direction en 1993 ?

L'impact le plus important d'Ideal Loisirs, ce fut la reconnaissance du fait que Solido n'était pas Majorette, et qu'elle avait droit à des critères de qualité de reproduction non considérés par Majorette. L'usine Majorette a gardé longtemps un droit de regard sur les produits Solido.

MSV : Les militaires disparaissent encore du catalogue pour revenir en force l’année suivante. Pourquoi ?

C'est une question de marchés. Depuis plusieurs années, les véhicules militaires ne représentent plus qu'une petite partie des ventes mondiales. L'investissement est donc limité. Le revirement de 1994 est lié au cinquantenaire du débarquement et de la libération de Paris. Lors de ces événements, le Musée d'Arromanche fut un gros consommateur de véhicules militaires que les visiteurs français et étrangers achetèrent en souvenir.

MSV : Que pensez-vous de l’arrivée de Triumph Adler ?

C'est sûrement le meilleur des rachats de Solido. Ce n'est pas une société qui ne fait que du jouet. C'est une énorme entreprise avec un département qui s'occupe du jouet, et qui a bien compris ce qu'est le produit Solido vis à vis du produit Majorette. Aujourd'hui, Solido ne dépend plus financièrement de Majorette. Ce n'est plus l'une de ses filiales, et elle a une quasi liberté de faire du produit Solido. Seule la plate-forme de distribution est restée commune. Verem est pourtant commercialisé directement depuis l'usine…

MSV : La crise qui a touché Majorette a épargné Solido ?

Le marché de Majorette est très difficile car il est fortement concurrentiel, avec des produits à bas prix destinés aux enfants. L'innovation doit être permanente. Si Triumph Adler a décidé de scinder Solido de Majorette, c'est précisément pour protéger l'entreprise Solido-Verem.

MSV : C'est le personnel technique qui fut le garant de la tradition chez Solido ?

Dans un certain sens il n'y pas eu de changement, puisque l'usine d'Oulins existe depuis 1974 et plusieurs employés que j'ai connu à l'époque sont toujours présents. Certains sont les enfants de ceux qui travaillaient à Ivry-La-Bataille, et les retraités sont souvent présents lors de certains événements. Ce qui n'existe plus, ce sont les grandes chaînes d'assemblage qui sont transférées dans les prisons voisines. Le pré-montage est réalisé à l'usine, et les petites séries sont assemblées à Oulins ou au domicile de quelques personnes. Ce qui a changé, c'est la fabrication en Thaïlande de certaines grandes séries, comme celles destinées aux opérations Hachette, avec des moules exportés temporairement. Par contre, la réalisation des moules et la fabrication des modèles à l'échelle 1/18 très décorés sont réalisées en Chine.

MSV : Les nouveaux modèles ne sont donc plus des moules Solido ?

La majeure partie des moules de Solido est créée pour sa propre production et ces moules sont sa propriété. Une exception, la Chevrolet Corvette à l'échelle 1/12, dont les moules sont utilisés par Revell. Solido n'a jamais produit pour le compte d'une autre marque, hormis la série pour Dinky-Toys. Que Solido achète quelques moules de me choque pas. Ceci est pratiqué depuis des dizaines d'années pour les moules des maquettes en plastique. L'important est que le choix se porte sur une gamme de Solido, et que le produit soit dans l'esprit des modèles réalisés par Solido. C'est une évidence pour la série Mira et pour les modèles à l'échelle 1/43 qui ont été ajoutés au catalogue en 2002 (CDC). Ces informations colportées par le petit monde des collectionneurs n'ont de toutes façons aucun impact sur la majorité des clients de Solido : les enfants !

MSV : N’est il pas concevable de rectifier les vieux moules ?

La rectification des moules n'est pas chose facile, car ils sont en acier trempé pour ne pas être endommagés lors d'un problème d'éjection. Il est donc difficile de modifier les gravures. Lors de la conception des moules, toutes les pièces sont étudiées pour obtenir un encliquetage parfait. Toute modification sur la carrosserie ou certaines pièces sera à l'origine d'une suppression de matière ou à l'apport de soudure qui n'a pas la dureté de l'acier. En fonction des modifications qui doivent être apportées, il peut se révéler que celles-ci nécessitent la création d'une nouvelle pièce. Quand Solido a modifié le moule pour faire la version avec malle de la Citroën 15CV, ce fut extrêmement complexe de pouvoir continuer avec les deux variantes en même temps. D'importantes modifications ont du être faites parce que les pièces du moule ne fonctionnaient plus de la même manière. Le coffre est d’ailleurs inexact à cause de ces contraintes de démoulage.

MSV : Et pour les portes du VAB par exemple ?

Lors de la suppression des portes du VAB, le tiroir arrière fut remplacé par un autre tiroir qui contenait la gravure des portes fermées. Il est cependant impossible de remettre l'ancien tiroir en place car les charnières des portes, dont les axes sont verticaux, étaient réalisés par les parties inférieures et supérieures du moule. Ces parties en creux ont été comblées par de la soudure.

MSV : Les collectionneurs de militaires sont assez critiques vis à vis des erreurs commises sur les reproductions qu’ils achètent.

Les modèles Solido ont été et sont toujours destinés principalement aux enfants. Le rapport qualité/prix reste le meilleur de nos jours. Si certains collectionneurs ne se contentent pas de la qualité de reproduction, ils peuvent toujours acheter d'autres modèles dont le prix est quatre ou cinq fois plus élevé. De fait, de nombreux collectionneurs achètent des modèles Solido qui forment une excellente base et les modifient selon leurs désirs. Quant à la critique des collectionneurs, il est arrivé en de multiples occasions qu'ils n'avaient pas raison.

MSV : Les collectionneurs reprochent aussi la parution de rééditions.

Si Solido propose des rééditions de modèles anciens, c'est tout simplement par ce que la demande existe. Le succès de la collection Hachette en est le meilleur exemple. Pour quelle raison les nouveaux collectionneurs seraient-ils privés d'avoir accès à certains modèles ? La seule valeur que j'accorde à ma collection est de me permettre d'écrire des livres sur l'histoire des jouets Solido.

MSV : Qu’apporte Verem aujourd’hui ?

Verem offre des gammes de produits très spécifiques que Solido ne pourrait pas faire. Il ne faut pas oublier que, dans une gamme Solido, le prix est le même pour tous les véhicules. Si l’on veut des décorations différentes, c'est ce qui coûte le plus cher. Ce sont donc ces produits qui passent chez Verem, comme les chars multicolores. Verem vend de la résine parce que Solido ne va pas fabriquer des pièces pour de petites séries. Cela justifie de continuer la marque. D’ailleurs, certains pays achètent énormément de Verem. La pyramide du nombre d'acheteurs en fonction du prix montre que la qualité Verem satisfait un grand nombre de collectionneurs avec un prix raisonnable, tout en utilisant la technologie de Solido et un circuit de distribution bien structuré.

MSV : Verem ne pourrait-il pas être plus créatif ?

La production Verem est liée aujourd'hui aux produits Solido. Elle utilise ses bases avec des modifications dans des séries comme les véhicules de la gendarmerie ou les utilitaires. Il n'y a pas d'autre issue pour la marque au niveau commercialisation. Il n'est pas pensable que des moules soient uniquement fait pour une distribution par Verem. Les quantités sont trop faibles. Si l'on regarde les évolutions depuis le début en 1985, on trouve des séries qui ont évoluées dans le temps. Mais depuis pas mal d'années, ce sont des véhicules de pompiers, de police, de gendarmerie, de cirque, et ainsi de suite. Verem est surtout vendu en France, et ne propose donc que des véhicules que l'on voit dans nos rues, mais la marque est apprécié pour reproduire des véhicules peu courant chez les autres fabricants.

MSV : Verem sous-traite une grande part de sa production.

Non, ce n'est pas exact puisque la quasi totalité des modèles est réalisée à partir des moules de Solido à Oulins. La seule partie sous-traitée concerne les pièces en résine pour lesquelles il a été décidé de ne pas investir en raison des quantités limitées. Lorsque l'on regarde la série des chars de la collection Tank Museum, on ne peut que se féliciter de cette décision.

MSV : Actuellement, la concurrence mise sur les gammes militaires.

S'il y avait un marché important pour les militaires, Solido ne manquerait pas d'ajouter des nouveautés à sa collection comme le char Leclerc. De fait, le marché est limité à des collectionneurs qui recherchent des produits de haute qualité, qui utilisent souvent des bases Solido et en particulier les chenilles. Mais les véhicules militaires ne se limitent pas aux chars. Le Berliet Gazelle créé en 2001 est à la source de nombreuses variantes, et c'est une excellente base pour les collectionneurs de véhicules militaires et de pompiers. Le programme de 2003 vous réservera peut-être une surprise ?

MSV : Où classer les collections Hachette ?

Les modèles distribués par Hachette sont des produits Solido à part entière, réalisés avec un excellent niveaux de qualité. Ils sont recherchés car ils sont à la source de nombreuses variantes de décorations, de couleurs et des gravures sur le châssis. L'ajout de revues réalisées par des professionnels est un plus que les collectionneurs apprécient. Autre avantage, celui de la régularité de la parution et de l'information. Ces collections montrent qu'il existe un marché pour ces modèles qui n'est plus adressé par les marchands de jouets et partiellement, pour des raisons diverses, par les détaillants spécialisés et les grandes surfaces. La presse apparaît comme un nouveau canal de distribution. Le succès de cette distribution est impressionnant au regard des ventes. La collection de voitures, initialement prévue avec 60 modèles, est maintenant étendue à 120. Il en est de même avec la série des véhicules de pompiers qui se poursuivra au delà des 60 numéros. Seule, la série de véhicules militaires aura quelques difficultés à dépasser ce nombre, faute de combattants et surtout de nouveautés.

MSV : Comment voyez-vous l’avenir de Solido ?

Solido a aujourd'hui 70 ans puisque les premiers plans datent d'octobre 1932. L'automobile étant plus vivante que jamais, il n'y a pas de raison pour que les enfants cessent de jouer avec des petites voitures. Solido devra de plus en plus suivre l'évolution rapide de l'automobile, dont le renouvellement avoisine les trois ans. Les dangers majeurs pour cette industrie ? Le coût de la main-d'oeuvre qui restera encore longtemps très faible en Asie et la volonté des producteurs de ne plus être que des sous-traitants. L'important est que Solido ne perde pas sa technologie acquise au cours des décennies.

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