Biographie :Jean Blanche
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Tout collectionneur de Solido a découvert la signature de celui qui a été le principal illustrateur de l’entreprise pendant quatre décennies : Jean Blanche. Le style de cet artiste a, selon nous, contribué au succès des merveilleuses miniatures Solido. Nous souhaitons lui rendre un humble hommage, en retraçant avec lui sa carrière, inextricablement liée au monde du jouet en France.

Né en 1925, Jean Blanche, fils d’un artiste peintre, est orienté très jeune vers les arts graphiques. «En 1940, j’ai été pendant deux ans à l’école Estienne, boulevard Auguste Blanqui à Paris, dans le département du dessin de lettre. J’apprenais la façon de dessiner un caractère sur lithographie. C’est mon premier métier. Et quand on sait dessiner une lettre, on peut faire n’importe quoi d’autre. J’ai ensuite été apprenti imprimeur graveur en taille douce. Après, j’ai toujours travaillé dans la publicité. Je crois que j’ai fais treize maisons en l’espace de six ans. J’étais exécutant et j’ai touché un peu à tout. J’habitais Avenue de la République, en face du lycée Voltaire. Jusqu’en 1966, j’y avais un petit studio. J’allais travailler au Vésinet, mais, en rentrant à la maison, je me réservais toujours du temps supplémentaire pour de petits clients. Comme maintenant, je ne me suis jamais couché avant minuit.»

Une rencontre va modifier le cours de son existence. Il croise la route de Jean de Vazeilles, fils du fondateur de Solido. «C’était pendant l’hiver 1950-1951, dans le Passage du Havre (Paris). Je prenais le train à Saint-Lazare, pour aller travailler au Vésinet dans une agence de publicité. J’étais souvent dans ce coin là, dans les courants d’air. Il y avait des marchands de jouets et je réalisais déjà des maquettes. Je connaissais bien un vendeur de train, Raymond, il me voyait trois fois par semaine. Un jour, il m’a dit : Viens, je vais te faire connaître le patron de Solido. C’était Jean de Vazeilles. On avait 25 ans… ».

L’illustration de boîtes Solido lui est immédiatement confiée : «Je ne croyais pas qu’ils auraient accepté ces dessins : Le Griffon, le Fouga Magister, L’Alouette. Ils faisaient des maquettes en plastique à l’époque. Mais il y avait Monogram ou Revell… et cela n’a pas tenu. »

De dessins au trait noir sur les boîtes de voiture, il passe à la gouache pour les catalogues, dont il est aussi le principal maquettiste. Son influence ne s’arrête pas là : «Il y avait un logo Solido. Je leur ai dit : Vous n’allez pas garder cela longtemps, je vais vous en faire un autre. Et regardez comme c’est équilibré ! C’est une marque qui roule.» «Je faisais les affichettes, sur lesquelles j’ai même mis une photo de mon cousin Francis. On lui a donné quelques voitures ; il aimait bien… Nous avons vécu toute notre enfance ensemble. Il est mort le 6 juillet 1974. Il allait avoir cinquante-trois ans.»

Jean Blanche assiste en 1960 à la naissance de la collection des véhicules militaires Solido « Elle est chouette, je n’en ai pas vu de mieux.» Il nous montre ses archives personnelles, dont un dessin de moteur d’automobile : «Cela, c’est vers 50-54. Le véritable dessin au trait. Il était un temps où l’on faisait des catalogues avec, parce que l’on ne faisait pas de photos. La photo, c’est mou, ou alors il y avait le retoucheur. » Jean Blanche est amateur de belles automobiles : « A la plume, les chromes brillent. Je joue avec l’esthétique. Mais il suffit d’un trait de plus pour qu’on loupe le coup. Les éclats sont faits avec un cache. La lumière, là, c’est à l’aérographe, cela claque plus. Mais il n’en faut pas trop. Les plaques d’immatriculation indiquaient l’origine du modèle. Et la signature… Toujours ! Il est arrivé un moment où je l’ai mis dans le dessin lui-même. » Sur du papier raisin, il a dessiné des avions, des motos, des locomotives et des navires de guerre. «Et là, ce combat naval, c’est de la vrai bande dessinée. On dirait du Druillet… On s‘amuse comme on peut. »

Dans les années 60-70, il fait des dessins de mode où l’on retrouve directement le style des catalogues. A son talent de dessinateur, Jean blanche ajoute celui de photographe : «Je suis passé de l’amateurisme au professionnalisme. Toutes les nouveautés étaient dessinées, mais je photographiais ce qui existait. On était obligé ; il y avait trop de trucs et cela coûtait un prix fou. Une fois, ils ont mis des photos des vraies voitures pour annoncer le programme de l’année. C'est de la publicité mensongère. Seul un dessin convient.»

Quand on lui affirme qu’il a construit l’image de Solido aux yeux des enfants de cette génération, il ne répond en souriant que «Je suis confus...»

Jean Blanche ne réserve pas son talent qu’à Solido. Il travaille aussi pour une autre grande entreprise française du jouet, Heller. «J’ai commencé en 1970-1971 avec Heller. Le dernier dessin de boîte que j’ai fait pour eux, ce fut l’autobus. Ils faisaient des bons trucs au début, mais ils touchaient trop à tout. Qui trop embrasse mal étreint ! »

L’ambiance se dégrade avec Le jouet français : «La fusion ? Cela n’a pas été une bonne chose. Ils ont tous déménagé rue de Paradis. Le loyer de ce truc là, c’était abusif. C’était la déliquescence et je me suis dit en 1980 que c’était la fin pour Solido. Ce fut une période déprimante.»

Succède la période Emile Véron : «Nino Bucci, le directeur de Solido, était rentré tout jeune chez Solido. Mais il s’est bien débrouillé ; il faisait de la sous-traitance du montage des boîtes.» Les militaires sont remis en fabrication en 1984 : «Je me souviens de la photo des affichettes pour la commémoration du débarquement, sur la plage avec les vagues au fond. Je n’ai pas pinaillé : Un lavis, un petit éclairage avec du bleu, cela a été fait sur la table de ma salle à manger… »

Levons ici le voile sur les mystérieuses photos de modèles militaires des catalogues. Les collectionneurs pensaient découvrir des prototypes non commercialisés. La réponse est ailleurs. Jean utilisait simplement sa propre collection pour réaliser les programmes annuels. Il avait cependant l’habitude de personnaliser ses pièces. Et c’est ainsi qu’il fut le premier à customiser officiellement des militaires Solido.

Jean Blanche est aussi un spécialiste en France des affiches de stock-cars. Il a travaillé un temps pour Eligor, autre fabricant de miniatures. Naturellement, c’est à lui que sont confiés les catalogues de la filiale Verem : «C’était pas mal l’idée de faire de la publicité avec les petites voitures. Et il y avait des types biens. J’ai connu deux ou trois directeurs, dans un petit village (Rouvres). Il y en a eu beaucoup à la suite, et il y en a qui ont beaucoup changé.»

Il s’occupe des photos sur les bulletins du premier Club Solido, mené par Bertrand Azéma. Il signe à cette époque ses derniers dessins au feutre de véhicules militaires pour Solido (voir ci-dessous) : «Je préfère les croquis au feutre. Ce qui est bien avec le feutre, c’est que l’on voit de "la matière". Cela rend parfaitement l’acier pur. Pour les chars et les locomotives, c’est formidable. Vers 70-74, avec l’arrivée des feutres, j’ai effaré beaucoup de dessinateurs. Une couleur posée, on ne peut pas recommencer par-dessus.»

En 1990, l’heure de la retraite a sonné. «Après, j’allais perdre de l’argent en travaillant ! » Sa dernière participation le laisse insatisfait : «Je leur ai dit : Le format du timbre-poste pour mes photos, ce serait encore mieux pour voir les modèles. Et leur nouveau logo, c’est une C… » Ironie du sort, il aura même travaillé pour Idéal Loisirs qui sera acquéreur de Majorette après son départ.

Incontestablement, Jean Blanche est resté le même, construisant sans relâche des kits de chars en plastique qui lui inspirent une réelle passion : «Le Sherman, un char libérateur ? Ce "Mont Saint-Michel" ? Le T34, oui. Il a l’allure de sa force.» Infatigable, il a récemment réalisé, pour le musée des blindés de Saumur, une série de dessins au lavis de chars célèbres. Photographiés au format carte postale, ils devraient être mis en vente à la sortie de l’exposition. On y retrouve le trait de contour caractéristique des vieux catalogues : «Je l’avais abandonné à cause de mes dessins pour Heller, pour plus de réalisme, mais j’y suis revenu. »

Sur MSV, nous n’en doutons pas : longtemps encore, sa contribution à Solido conservera une certaine magie.

Copyright © Lenours 2001

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