La longue route de Majorette
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L'histoire de Majorette, c'est un peu l'histoire des jouets de la région lyonnaise et la vie d'un chef d'entreprise d'exception, Emile Véron. Pendant deux décennies, Solido a partagé son sort avec celui de Majorette. Si les productions Solido et Majorette sont en 2001 bien distinctes, voir complémentaires, les deux marques sont des filiales d'une même organisation et se partagent le même conseil d'administration. Des modèles pour Hachette Collections sont aujourd’hui fabriqués chez Majorette Thaïlande et le bureau d'étude de Rillieux-la-Pape prendra en charge en 1993 les produits Solido. La société Majorette n'a jamais vendu sous son propre nom les militaires de la maison Solido, mais sans conteste, l'empreinte de la première se retrouve sur ce qui est sorti de chez la seconde.

De Norev à NavaNakorn

Emile Véron naît le 26 mars 1925 dans le 5ème arrondissement de la ville de Lyon (Rhône). Il fréquente l'Ecole de la Salle. Le 26 juin 1946, il épouse Mlle Marie-Louise Colomb. Ils auront deux enfants : Alexandre (né le 20/11/55) et Béatrice. C'est également en 1946 que son frère Joseph, son aîné de trois ans, alors employé chez Rhodiaceta - filiale de Rhône Poulenc spécialisée dans les matières plastiques - crée la future entreprise Norev (le nom Véron à l’envers). Poupées, garages en tôle et surtout voitures miniatures, au 1/43 en plastique, sortent en 1953 de son usine de Lyon, qui déménage en 1956 à Villeurbanne (rue du 4 août). Emile travaille avec son frère comme directeur des ventes à l'export. Mais en 1960, les deux frères ne s'entendent plus du tout sur les stratégies à adopter, et Emile ne peut rester dans une entreprise qu'il ne contrôle pas.

Emile fonde le 30 septembre 1961 l'entreprise "Rail-Route Jouets", immatriculée au registre du commerce et des sociétés à Lyon le 17 octobre. A l'origine, son but officiel est la fabrication, l'achat, la vente, l'importation de jeux, jouets, d'articles de sport et de bimbeloterie, et elle propose donc des trains miniatures, des scoubidous, des Hoola-Hop ou des portes clés. Mais pour Emile Véron, l'avenir c'est la voiture miniature pour tous. Sur les conseils de sa femme en 1966, il renomme sa firme, dont il est le PDG, « Majorette ».

La production tient plus du simple jouet que du modèle de collection, copiant indéniablement Matchbox à travers la série 100, puis 200, du 1/55 au 1/100. Mais la croissance annuelle va atteindre 30%. Majorette s'introduit à la bourse de Lyon le 07/12/1977, et par générosité, Véron distribue une large part du capital à ses salariés sous la forme d'actions. Leur cours s'envole, et les plus values sont importantes. De 234 FF au départ, leur valeur sera multipliée par dix huit. Pendant deux décennies, Majorette s'installe comme un leader mondial des voitures miniatures, symbole de la réussite de l'industrie lyonnaise.

Pionnier de la participation, Emile Véron deviendra Chevalier de la légion d'honneur et officier de l'Ordre National du Mérite. Passionné par l'aviation de tourisme, Véron a pour slogan "la passion de l'action". Aussi dynamique que Majorette, il devient administrateur de Goujet SARL et de Comptoir de Lyon, Vice-président de Unir ou encore co-fondateur de l'association Entreprise et Crédit.

La même année, Véron rachète l'un de ses principaux concurrents, Solido, moribond après son passage chez "Le jouet français". Notoirement antimilitariste, Véron s'oppose à la reprise de la gamme militaire. Il faudra toute la persuasion de Nino Bucci, Directeur général d'Oulins, pour voir sortir l'opération spéciale de 1984, qui, heureusement, rencontre un franc succès.

L'usine Solido d’Oulins est modernisée à l'image de celle qui fabrique avec tant de succès les petites voitures Majorette. C'est une grande usine installée au 110 rue du Companet, dans la zone industrielle Périca de Rillieux-la-Pape, au Nord de Lyon. Mais cette dernière, où Majorette fabrique 400 000 miniatures par jour, est à une toute autre échelle sur ses 20 000 m².

Si l’on retrouve une chaîne à peinture liquide, longue de 400 mètres et équipée de trois cabines électrostatiques, ce ne sont pas moins de 170 presses automatiques à injecter, de 5 à 400 tonnes, qui sont nécessaires pour une telle production. La tampographie, essentielle chez Majorette, est assurée par 17 groupes de machines. La CFAO est rapidement adoptée par le bureau d'étude, et une machine spéciale, baptisée Roboform, prend en charge la gravure des empreintes des moules par électroérosion. Des modèles à l'échelle 1/24 sont produits en 1987.

Majorette, commercialisés dans 60 pays, devient tentaculaire, avec des filiales en Allemagne, en Australie, en Autriche, au Brésil, au Canada, en Espagne, en Floride (Miami), en Italie, au Japon, au Portugal (Minia Porto), au Royaume Uni et Singapour. La famille Véron dirige également, avec Yves Lansard, la société Majorette Distribution SA qui s'occupe aussi des produits Solido (Zone industrielle de Reyrieux dans l'Ain, à 23 km de Lyon). Véron est à l'origine de Verem, constituée en novembre 1984 et installée route de Berchères à Rouvres (28) jusqu'en 1992. Il crée en 1985 Majorette-Pub, pour la commercialisation de modèles promotionnels, gérée par Robert Gilouin (au 669 rue des Mercières à Rillieux), et pour les moules Solido, un département Solido-Pub. La formule des filiales à l'étranger, chère à Véron, sera appliquée avec succès à Solido dès 1988 et maintenue jusqu'en 1999. Les militaires en bénéficieront amplement.

Un irrésistible déclin.

Les années 80 sont celle de la "culture d'entreprise". Fier de ses succès, Emile Véron décide de se lancer en politique dans un élan de patriotisme. Il projette de se présenter à l'élection présidentielle de 1988. Il fonde son mouvement Réussir sur son livre programme de 192 pages "Pour en sortir...  Le pavé dans la mare par un grand chef d'entreprise", paru en 1984 aux éditions Albin Michel (ISBN 352186). Il va jusqu'à louer le stade Gerland à Lyon, où il invite ses collaborateurs de Solido pour un meeting nocturne avec écrans vidéos géants. Une expérience coûteuse qui tourne court.

Par souci d'honorer ses engagements vis à vis de ses actionnaires salariés, Véron tarde à délocaliser sa production vers le Sud-Est asiatique comme la nouvelle concurrence. Sa première réaction est le lancement de véhicules électroniques très populaires, les "Sonic Flashers" équipés de phares clignotants et divers bruitages par l'intermédiaire de puces électroniques. Des éléments électroniques qui proviennent eux aussi d'Asie. Fort d'un chiffre d'affaire de 400 millions de francs en 1986, Majorette achète une usine à Nava Nakorn en Thaïlande. Ouverte au début de 1988, elle utilise tous les processus de fabrication de Rillieux pour produire les petites voitures pas chères de la série 200. C'est ensuite l'acquisition d'une ligne spécialisée au Portugal (Novacar).

Mais alors que la concurrence se renforce avec la mondialisation, la marque française affiche en 1989 d'inévitables pertes. Et à partir de 1990, les marchés s'effondrent. Le 25 novembre 1992, c'est la déclaration de cessation de paiement. Emile Véron et son fils Alexandre (en poste au commercial-export) sont mis en examen et condamnés à une amende pour abus de biens sociaux. Véron est obligé de vendre sa société à Idéal Loisirs en avril 1993. Près de 400 personnes sont licenciés et Majorette n'est plus cotée en bourse. Emile Véron, plein de ressources, rebondira en fondant la société SIBO avec sa femme, peu de temps après.

Devenu la Société Nouvelle Majorette SA en mai 1993, l'entreprise menée par Marie-Claude Rondot poursuit une stratégie de diversification face à la saturation du marché. Rillieux fabrique des garages, puis d'autres environnements pour ses petites voitures (chantiers, cirques, fermes). C'est le "play concept". Majorette ira jusqu'à distribuer sous son nom des modèles de collections au 1/18 de marques en sous-traitance (Anson, Yat Ming, Solido). Idéal Loisirs est une jeune entreprise dont Playmates Toys Company de Hong  Kong vient d'acquérir 37,5% du capital. Ce ne sont néanmoins que des commerciaux formés au négoce qui ne savent pas faire les investissements industriels nécessaires, malgré l'aide d'Ernst and Young Conseil. Le groupe est racheté par Triumph-Adler AG en 1996.

Détenu par un groupe d'investisseurs et 40% du management, Triumph-Adler est connu comme fabricant et vendeur de machines bureautiques. Mais il opère aussi dans le domaine de la santé, de la construction, et, à hauteur de 30 %, dans le jouet. Il détient à 100% Majorette Toys, mais aussi Tronico (véhicules radiocommandés), Cartronic (circuits de courses automobiles) et Zapf (poupées). Triumph-Adler débute sa branche "Spiel und Freizeit" vers 1988. Il rachète des entreprises qui connaissent le problème d'une succession de propriétaires différents mais dont les ventes restent bonnes. Ses jeunes actionnaires allemands prennent donc la tête de Majorette : Bernard et Françoise Farkas ou Pierre Sourdive sont remplacés par Cornelia Sailer, Koppen Kai, Trautmansdorff Thomas ou Dietmar Scheiter...

Le renouveau de Majorette se trouve un nom, celui de son nouveau Directeur général, Richard Mamez, né le 27 avril 1947 à Sedan, qui remplace André Pomellet en 1997. Ancien directeur de Look et de Lange, Mamez va adapter les produits à l'exportation et reconstruire l'image vieillissante de Majorette.

En 1997, c’est un nouveau logo conçu par Dragon Rouge et 25 millions de francs investis dans les produits nouveaux. Il faut sortir Majorette du créneau traditionnel de la petite voiture qui représente 80% de son activité. En 1998, ce sont les premières motos miniatures au 1/18. Les militaires des futures "Squad Forces" sont introduits en 1999 (soldats, véhicules et bases) ainsi qu'un premier véhicule radiocommandé (le Quad). Evidemment, Majorette s'approvisionne auprès de trois sous-traitants chinois pour l'électronique des radiocommandés. Comme l'entreprise ne peut lutter contre les jeux électroniques, elle envisage même de se lancer dans la création de jeux vidéos axés sur son univers.

S'ensuivent d'incontournables restructurations des usines délocalisées, du Portugal (60 personnes) vers la Thaïlande (600 personnes), ou par regroupement sur un seul site de fabrication lyonnais. Le site de Caluire et Cuire est ainsi rapatrié sur Rillieux. De nouveau sollicité, Ernst & Young Conseil aide à la mise en place de la GPAO (gestion en flux tendus) et l'aménagement et la réduction du temps de travail (passage à 34 heures avec annualisation). Un nouveau plan social pour Majorette provoque le départ de 93 employés. C’est le septième depuis 1990. La direction et les syndicats s'entendent pour le maintien de l'emploi et une politique d'investissements pour renouer avec les bénéfices. Un véritable pacte pour garantir pendant trois ans les 330 emplois sur Rillieux, une usine qui comptait 917 personnes en 1989.

Et Majorette de s'enorgueillir de 60 millions d'euros de chiffre d'affaire en 1998, dont 96 000 euros de bénéfice, contre 6,86 millions d'euros de pertes en 1997. L'embellie est courte avec deux années proches de l'équilibre. Les comptes en 1999 montrent déjà un déficit d'exploitation, compensé par un résultat net bénéficiaire, une perte de 39 millions de francs sur un chiffre d'affaire de 346 millions. Triumph-Adler injecte 35 millions de francs dans le parc des presses à injecter du site historique de Rillieux pour la nouvelle filiale MajoTech, destinée à la fabrication d'articles en Zamac ou thermoplastiques en sous-traitance industrielle, forte d'une certification ISO 9002. Il faut rentabiliser les 58 presses d'injection plastique (15 à 550 tonnes), les 18 presses d'injection Zamac, et le bureau d'étude de vingt personnes, doté des dernières technologies en CAO. On y fabrique donc des tournevis pour Rivoli, des bidons pour Camping Gaz ou des garde-boue pour les cycles Zephal.

Encore une fois, Majorette défraye la chronique.

En octobre 2000, Majorette revend les 1000m² de bureaux paysagers du siège, dans l'immeuble Avenue de l'hippodrome, et regroupe le marketing et la partie commerciale dans ses locaux Rue du Companet. L'usine délivre 30% du chiffre d'affaire malgré une faible production, à peine 1,2 millions de petites voitures sur les 40 millions fabriquées avec la Thaïlande. Spécialisée dans la plasturgie, l'usine fabrique en fait les grosses pièces en plastique des environnements (bases militaires, jungle, garages) et des circuits de courses.

Les deux derniers segments où Majorette s'installe représente bientôt 35% de ses ventes. En 2000, Majorette doit néanmoins supporter 5,95 millions d'euros de pertes pour un chiffre d'affaire de 45,43 millions. L'entreprise a souffert de la hausse du billet vert et du prix des matières premières plastiques. Des hausses qu'elle ne peut répercuter sur ses prix de vente à cause de la concurrence asiatique, à la différence de Solido. Le retour en bourse annoncé est repoussé et la rentabilité de Rillieux remise en cause par les actionnaires.

Dans un comité central d'entreprise, les 8 et 9 octobre 2001 à Rillieux, le couperet tombe avec un projet de licenciement de 237 personnes sur les 343 emplois français. La direction annonce la fermeture du bureau d'étude, de Majopub et de toute la production. Les emplois sont maintenus au service administratif, au commercial marketing à Roissy, et rue de Garenne à Reyrieux, la plate-forme logistique européenne de distribution où transite ce qui vient d'Asie, et dont les salariés bloquent les sorties pour protester. La direction promet qu'elle fera tout pour une ré industrialisation du site de 3,2 hectares, mais apporte finalement sa conclusion au conflit par un plan social avec deux primes supplémentaires pour chaque licencié. Le 31 janvier 2002, c'est la fermeture de l'usine mère, retardée par les négociations syndicales. Majorette poursuit son activité (fabrication) avec ses ouvriers thaïlandais, payés nettement moins que les Français, de l’aveu même de Richard Mamez. Triumph-Adler envisage maintenant de se concentrer sur la bureautique en 2003, et se désengager de tout le reste, y compris Majorette Toys. La longue route de Majorette n'est pas terminée.

Majorette Thailand Co. Ltd :

Nava Nakorn Industrial Estate zone 2
60/10 Phahalyothiin Road km46
Tumbol Klongnueng
Amphur Klong Luang
PathumThani 12120

Squad Forces

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