Conversation avec Olivier Saint-Lot
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Photographe de métier, Olivier Saint-Lot (38 ans) est l’un des fondateurs de la revue Steel Masters. En novembre 1995, il ouvre à Paris le magasin Poids Lourd & Cie (aujourd’hui fermé) et crée la gamme «Gaso.Line©», réputée pour ses conversions sur base Solido/Verem dans les séries militaires. Il a aimablement accepté de nous fournir des précisions et son avis sur les sujets qui nous intéressent sur MSV.

MSV : Quel fut votre premier modèle sur base Solido ?

Olivier Saint-Lot : Le premier que nous avons réalisé à été l'ARV M31 pour JFD Diffusion, et le premier de la gamme «Gaso.Line©» sur base Solido a été l’automitrailleuse M8.

MSV : Que faites-vous à part du transkit sur base Solido ?

Du kit… Notre spécialité, c’est tout ce qui touche au 48ème militaire : les figurines, véhicules et accessoires Tarmac qui sont liés à l’aviation, et «Gaso.Line©» pour les dioramas de l’armée de terre. Les conversions sur base Solido sont venues après, vers 1997. Nous avons énormément boosté ce marché. Sur base Solido, il n’y avait qu’Automany autrefois, JFD qui faisait surtout des modifications, et quelques modèles de Stretton avant qu’il ne soit distribué en France par Verem.

MSV : Préférez-vous le kit ou le monté/peint ?

Je n’ai pas d’intérêt spécial pour l’un ou pour l’autre. Mon intérêt est avant tout la création de nouveaux modèles réduits, sans sujet bien précis ou base bien précise. De toute façon, commercialement, le marché est tel qu’il faut proposer des nouveautés régulièrement.

MSV : Pourquoi deux sites Web ?

Il y a trois sociétés bien distinctes, et donc des sites différents. Prokit Miniatures est réservé aux professionnels et Quarter-Kit est développé pour les particuliers.

Quarter-Kit Shop ProKit miniatures

MSV : Comment êtes-vous distribué en France ?

La gamme «Gaso.Line©» en monté/peint était proposée par Momaco, et maintenant par distribution directe.

MSV : Et l’exportation ?

Principalement les Etats-Unis. C’est un très gros marché, avec 60% de nos ventes. Mais nous avons des clients un peu partout : Turquie, Indonésie, etc. C’est un problème de tout fabriquer en France. Avec toutes les taxes, nous avons du mal à rester compétitifs.

MSV : Combien avez-vous d’employé(e)s ?

Six sur les trois entreprises.

MSV : Qui fabrique les modèles ?

Les prototypes sont en grande partie faits chez nous, principalement par moi au début. Nous travaillons aussi avec des gens qui nous proposent des modèles : je suis intéressé ou pas selon le rapport qualité prix. Je vérifie les prototypes avant la mise en moule, car rares sont les maquettistes qui savent faire du master, prévu pour être moulé et remonté ensuite. Une fois correctement moulé, il faut qu’il puisse être facile à assembler et monté en série. Le scratch est bon pour faire une pièce unique, mais il est complètement inutile pour la production. C’est totalement différent.

MSV : Que préférez-vous ? La résine ou le métal blanc ?

Je préfère la résine quand je fais une maquette, mais certaines pièces sont plus pratiques en métal. Pour nos moulages maintenant, nous avons un mouleur qui nous fait la résine pour les grosses pièces, un second mouleur, en France, qui est impeccable pour les petites pièces en résine, et depuis les derniers modèles, nous avons réussi à trouver une personne en Angleterre qui nous fait des pièces en métal blanc de très bonne qualité. J’ai été surpris, certaines pièces sortent mieux en plomb.

MSV : Et pourquoi pas plus de plastique injecté ?

Pour une raison de prix. Avec le plastique, on est à l’inverse de la résine, où l’on a un prototype qui coûte très cher en général, mais des moules qui ne coûtent pas cher. Avec le plastique injecté, il y a très peu de frais de prototype. On ne travaille que dans du métal, mais avec des frais de moules exorbitants. Et pour amortir un moule en métal dur, il faut fabriquer des milliers de pièces.

MSV : Combien de pièces réalisent-on avec un moule pour résine ?

Une trentaine environ.

MSV : Vos boîtes ne sont-elles pas trop sobres ?

Nos modèles sont très détaillés et l’emballage doit bien protéger, c’est le plus important. Une belle boîte est très vendeuse naturellement, mais le coût supplémentaire serait pris en charge par le client.

MSV : Quelle peinture utilisez-vous ?

De la Tamiya : un coût très élevé, mais une bonne couverture du modèle.

MSV : Quel est le modèle «Gaso.Line©» qui se vend le mieux ?

En kit complet, cela a été le B1-Bis naturellement, et en conversions sur base Solido, l’AUF-1 et le Tigre-1 Zimmerit pour le moment.

MSV : Quel est votre modèle préféré ?

La nouveauté quand elle sort…

MSV : Tenez-vous une liste de tous les modèles sortis de votre atelier ?

Non ! Nous avons certains clients qui ont des pièces exceptionnelles, car nous avons eu des demandes spécifiques de collectionneurs particuliers.

MSV : Comment en êtes-vous arrivés à choisir Solido comme base pour vos transkits ?

La tendance du marché. A l’origine, nous étions plus kits, mais lorsque nous avons voulu faire des chars montés/peints, il y avait l’incontournable chenille Solido. Il y a beaucoup d’autres choses que l’on peut développer sans les chenilles Solido, mais cela reste du statique. Il y a des clients qui privilégient la qualité, avec un niveau de détail très poussé, même si cela reste statique. Il y a des collectionneurs qui sont prêts à s’offrir un modèle cher qui ne roule pas mais qui est fidèle à 100%.

MSV : Vous avez commencé à produire de nouveaux châssis pour les chenilles Solido : comptez-vous fabriquer vos propres chenilles articulées en métal comme Joal ?

Il y a beaucoup de projets avec les chenilles Solido. Mais pour le problème de la fabrication de chenilles en métal, je n’ai pas, pour le moment, les 80 000 Euros à investir dans un moule pour fabriquer des chenilles du type Solido.

MSV : Vous proposez des chenilles peintes en noir ?

Nos chenilles sont noircies par un procédé chimique pour nos véhicules montés/peints, leur aspect brillant de Solido ne nous convenant pas.

MSV : Que pensez-vous de la production Solido ?

Solido a un mérite, c’est d’avoir continué à fabriquer du militaire, alors que personne n’a repris ce genre d’activité après Dinky Toys ou Polistil.

MSV : Que pensez-vous de la qualité et de l’authenticité des reproductions Solido et Verem ?

Dans le passé, les moules ont été développés dans l’état d’esprit de jouets, et non comme d’exactes reproductions. C’était très bien pour l’emploi qu’on en avait à l’époque. Chez Solido, ils ont une capacité financière et industrielle, mais ils n'ont pas les connaissances pour développer les produits militaires. Ils pourraient faire la même fabrication avec un peu plus de réalisme sans que cela coûte plus cher. Il y a un manque d’information : leur toit blindé du TDM10 ne ressemble à rien. Notre plus gros poste en recherche/développement, c’est justement la documentation. Nous nous retrouvons avec des centaines de livres. Et lorsque nous faisons un modèle, c’est que nous avons suffisamment de documents pour le faire. Avec la sortie du "DUKW", Solido renoue avec les vraies nouveautés et je suis très impressionné par le souci du détail apporté à ce modèle. Solido is not dead !

MSV : Sur quelle base documentaire concevez-vous vos reproductions ?

Nous réunissons le maximum de documentation : plans, photos, maquettes déjà existantes à d’autres échelles, les TM pour les véhicules américains. Nous sommes des clients réguliers de Bovington, du centre des archives de Tours. Nous réalisons un modèle uniquement lorsque nous avons suffisamment de documentation. Nous accumulons la documentation, puis nous réalisons un modèle, jamais le contraire. Cela marche aussi au coup de cœur, pour l’intérêt que nous portons au sujet.

MSV : Que pensez-vous des modèles Stretton ?

Stretton a eu une bonne idée. C’est lui qui fut le premier à développer des conversions militaires, avant nous. Ils ont fait de très beaux modèles réalistes et d’autres beaucoup moins réussis, un peu comme Solido. Et là, ce n’est pas la faute de la technique de fabrication car ils font de la résine comme nous. Ils ne font pas une recherche très poussée dans le militaire, et cela s’est dégradé depuis leur passage chez Verem. Ils ne fabriquent pas les mêmes modèles pour la gamme Verem et ceux vendus directement aux Etats-Unis par exemple.

MSV : Où vous situez-vous par rapport à Stretton Models?

Stretton a essayé de faire un produit Solido de haut de gamme. Nous, nous avons essayé de faire mieux que Stretton, c’est à dire un Stretton de haut de gamme. Nous connaissons très bien le militaire, nous venons de la maquette, nous avons une forte connaissance dans la réalisation des prototypes, le moulage et, maintenant, la fabrication. Je préfère un produit de haut de gamme, à un prix peut-être plus élevé, mais je pense que les collectionneurs le méritent. Par exemple, Stretton ne peint pas ses lots de bord : c’est de la main d’œuvre et c’est très long.

MSV : Pourquoi fabriquer des modèles déjà proposés par Stretton ?

Il n’y a que deux modèles que nous avons fait après lui : Le Stug IV, parce que nous avions une forte demande de notre côté pour ce produit, et le M36 Destroyer, simplement parce que nous avions déjà développé les toits blindés pour TDM10 et M36. Le Sherman M4A1 de Stretton n’a jamais été distribué en France par Verem. Il faut savoir aussi que Stretton nous a copié pas mal de modèles récemment. Il avait développé un T34/85 depuis quelques temps, alors que notre propre T34 avait déjà été développé pour une conversion sur base Fuman. Nous n’avions plus qu’à modifier la coque pour l’adapter sur une base Solido. Depuis, Stretton a copié notre modèle, qu’il a surmoulé et remis sur le marché à la place du sien.

MSV : Que pensez-vous des défauts des chenilles Solido, pourtant autrefois réputées pour leur solidité ?

Je viens de l’industrie et je sais comment est réalisé un moule. Solido va utiliser les moules des chenilles jusqu’à l’usure, car des moules aussi complexes coûtent très cher. Alors, il leur faudra prendre la décision d’en re-fabriquer ou d’arrêter la collection.

MSV : Face à une concurrence croissante, que croyez-vous que Solido devrait faire dans sa gamme militaire ?

Ils essayent de faire vivre une gamme de jouets, des véhicules de collection bon marché, sans essayer d’en faire un produit très pointu. Ils ne peuvent pas s’embarrasser de modèles très chers, la preuve étant la baisse des ventes avec les Stretton. Ils auront du mal à développer un nouveau char complet : ce serait trop cher pour trop peu de ventes. A l’heure actuelle, ils ne peuvent rien faire d’autre que de la conversion résine. Le Berliet peut être converti à toutes les sauces, civiles et pompiers, et donc être amorti beaucoup plus rapidement. Pour un char, ils ont intérêt à bien choisir. A mon avis, le modèle incontournable qu’ils devaient faire était le char russe T34.

MSV : Que pensez-vous des modèles Verem en résine fabriqués à Aubagne par Provence Moulage ou Aquavit ?

Un bon rapport qualité/prix.

MSV : Pourquoi ne travaillez-vous pas avec Solido ?

Nous leur avons proposé un rapprochement lors d’un salon, mais ils ont préféré jouer la carte Stretton avec qui ils venaient de se mettre en cheville. Potentiellement, avec nous comme partenaire, il y aurait des choses à faire. Nous pourrions leur apporter nos compétences historiques pour faire du militaire.

MSV : Que feriez-vous si vous deviez travailler avec eux ?

Tout dépend de leur volonté. Ils n’ont pas la même stratégie commerciale que «Gaso.Line©». Nous préférons toucher un public très restreint mais de haut de gamme, alors que Solido préfère les supermarchés. Nous n’avons pas la même clientèle.

MSV : Que pensez-vous des modèles au 1/18 ?

Je pense que le 18ème est une échelle trop grosse pour être collectionnée.

MSV : Que pensez-vous de Brent Dietrich qui revend des modèles montés avec des pièces «Gaso.Line©» ?

Il fait du très bon travail, de bonne qualité. Je suis très fier de voir mes tirages assemblés et peints par lui.

MSV : Etes-vous vous-même collectionneur de modèles réduits ?

Non, un maquettiste avant tout.

copyright © Lenours 2001

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